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‘L’indépendance, il y a cinquante ans ! L’indépendance, depuis cinquante ans ?

50 ans des indépendances africaines (1)

Prince Kum’a Ndumbe III, 04 mai 2010

I - Scènes et images de mes souvenirs

« Eh, Figure pour toi ? » « Figure pour toi ! » « Merde, figure pour toi ! »

Celui qui ne comprenait pas se retrouvait immédiatement à terre, le sang coulant sur les tempes. Les crosses de fusils n’épargnaient aucune tête, les côtes de certains se retrouvaient cassées en quelques secondes.

Le Prince des Bele Bele, Kum’a Ndumbe III, est écrivain, Docteur en histoire, Docteur en Etudes Germaniques (Université de Lyon II), titulaire d’une habilitation en Sciences politiques (Université Libre de Berlin). Il a enseigné aux Universités de Lyon II, Université Libre de Berlin et à l’Université de Yaoundé I. Il a fondé AfricAvenir International en 1985 à Douala. www.africavenir.org, www.exchange-dialogue.com. Les débats organisés par AfricAvenir International à Berlin iront jusqu’en octobre 2010.
photo: AfricAvenir International

Tout le monde devait s’asseoir à même le sol, sur des flaques d’eau boueuses, les deux mains jointes derrière la nuque. Surtout les hommes. Peu de femmes traversaient le pont sur le Wouri à cette heure matinale. Nous les enfants, on nous laissait passer. Mais nous voyions nos pères, nos oncles torturés et déshonorés sur cette petite route qui relie le quartier de Bonassama au pont du Wouri. Personne n’avait le droit de parler, les camions jonchés de militaires s’alignaient à perte de vue.

Comment certains avaient-ils pu déchiffrer le code ? Quand les soldats vociféraient leur « figure pour toi ?! », ceux-là sortaient spontanément leur carte d’identité et la tendaient aux soldats en armes. Ces Africains étaient élancés et bien noirs, ils ne venaient d’aucune région proche de Douala, ils arrachaient avec une extrême nervosité les cartes d’identité que les citoyens qui avaient compris leur présentaient, ils les lisaient même à l’envers, comme si la photo d’identité ne leur servait pas de repère pour savoir où était le haut et où était le bas de la carte. Ces soldats illettrés venus peut-être du Tchad ou de la Centrafrique se moquaient de cette « figure pour toi » qu’ils arrachaient des mains des citoyens qui se rendaient à leur travail de bon matin. Tout le monde dans le camion, les mains derrière la nuque ! Les malchanceux à terre sur les flaques d’eau !

Ce sont ces scènes que nous avons vécues souvent le matin, à Bonabéri, en voulant traverser le pont du Wouri pour aller à l’école, avant la fête de l’indépendance, et surtout des années après. Tous les enfants des écoles étaient partis au défilé de l’indépendance. En classe, le maître nous avait appris l’hymne. Chacun la connaissait par coeur. Ce jour-là, nous la chantions au pas militaire : un, deux ! un, deux ! un, deux !


Au Cameroun berceau de nos ancêtres
Autrefois tu vécus dans la barbarie
Comme un soleil tu commences à paraître
Peu à peu tu sors de ta sauvagerie !
Que tous tes enfants du Nord au Sud,
De l'Est à l'Ouest soient tout amour,
Te servir que ce soit leur seul but,
Pour remplir leur devoir toujours.


REFRAIN


Chère patrie, terre chérie,
Tu es notre seul et vrai bonheur,
Notre joie et notre vie,
A toi l'amour et le grand honneur.


Nous étions donc des sauvages et des barbares, et nous le chantions avec fierté, à tue-tête. J’avais participé à ce défilé, mais je cherche en vain des images dans ma tête aujourd’hui, je me souviens seulement que nous étions tous très fatigués. Ma soeur qui habitait au camp des chemins de fer à Bassa me dira aussi que régulièrement, en allant à l’école, des cadavres jonchaient les rues, résultant des fusillades de la nuit. « Patriotes, avancez ! » « Soldats, attaquez, tirez ! » C’est ce qu’elle entendait la nuit, sous la fenêtre, morte de peur dans son lit. Mais c’est du pont du Wouri qu’un jour, revenant du Collège Alfred Saker, en 1960, j’ai aperçu des flammes immenses et des fumées gigantesques un peu derrière le quartier Akwa. Plus tard, on nous dira que le quartier Congo avait brûlé. Je sais aujourd’hui que ce fut le 24 avril 1960 et qu’il y eut environ 2000 morts, selon certaines sources. Un de nos enseignants du collège Alfred Saker avait cessé de venir nous faire cours et la police avait fait son intrusion au collège pour le chercher. C’est alors que nous apprendrons que des hélicoptères avaient versé de l’essence au quartier Congo et que l’armée des « figures pour toi » avait encerclé tout le quartier pour que personne ne sorte pendant que les flammes nourries par l’essence dévoraient tout à leur passage. Aujourd’hui, plusieurs sources indiquent que ce fut du napalm. En ces temps, on nous dira que notre professeur était devenu un maquisard , un criminel, un révolutionnaire, un communiste, un ennemi de la nation C’est cela que j’ai vécu les jours de l’indépendance, chez moi à Bonabéri, à Douala, où j’habitais. Ma mère ne dira jamais rien, elle ne faisait jamais de commentaires. C’est peut-être quinze ans plus tard, quand je lui demanderai les documents de mon feu père décédé en mai 1957, donc avant l’indépendance, qu’elle m’avouera :


« Ton père était membre de l’Union des Populations du Cameroun, l’UPC, plusieurs réunions se tenaient ici à la maison. Le gouvernement disait que c’étaient des criminels à abattre. Après sa mort, j’ai enveloppé ses documents dans une grosse boîte en aluminium et je les ai enterrés derrière la maison. Je ne voulais pas que l’armée vienne nous tuer à cause de l’indépendance, je devais vous protéger et vous faire grandir. »

 

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