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Langue, libération et développement: Méthodes d’approche pour une Afrique postcoloniale (1)

Prince Kum´a Ndumbe III, 02 November 2009
Prince Kum´a Ndumbe III introduced a multilingual book, written in Douala, Ewondo and French. He is professor at the University Yaoundé, Cameroon. He is the founding president of the AfricAvenir foundation, a cultural development organisation in Cameroon and Berlin.
photo: Su-Kyung Han

Existe-t-il un lien entre la langue, le statut d’esclavage, de dépendance ou de liberté d’un peuple et sa capacité de développement politique, économique, militaire ou culturelle? Quelle est l’expérience acquise par les pays africains après les indépendances politiques jusqu’en cette année 2006, année des langues africaines? Le Prince Kum’a Ndumbe III s'en explique dans cet article et présente en même temps les méthodes d’approche que la fondation AfricAvenir a essayé de mettre en application pour contribuer à clarifier le rapport entre langue et développement dans la conscience des populations et des décideurs.

1- Langue, pensée et situation coloniale

Langue et articulation de la pensée

Quand un enfant naît et que sa langue reste « attachée ou comme collée », tant que cette langue n’est pas déliée, l’enfant ne parviendra pas à articuler correctement la parole. L’organe qui nous permet de moduler les sons de notre parole, qui nous permet d’articuler les mots que nous voulons prononcer, cet organe lui-même doit impérativement être libre pour remplir sa mission d’articulation de notre parole. Si cette libération de langue ne s’opère pas, alors nous restons handicapés pour la vie. Dans ma tradition duala, on procède assez tôt à cette opération bénigne, et quand on veut qu’un enfant devienne particulièrement éloquent plus tard, il est de tradition qu’on lui casse une noix spéciale dans sa bouche de bébé (ba bo mo kasso o mudumbu).

La langue que nous utilisons nous permet d’articuler notre pensée, nos entiments, notre foi, nos rêves, notre vision du monde. C’est la langue qui nous permet de dire notre quotidien, d’interpeller notre passé, de projeter notre futur, c’est elle qui nous permet d’articuler la pensée créée. Or la pensée est porteuse de développement ou de régression.

C’est grâce à la création de la pensée et à sa mise en application pratique, technique ou technologique que les réalisations se font, que des acquis sont conservés, que les mutations initiées s’opèrent, que les prévisions et les probabilités sont programmés, que les dangers éventuels sont prévenus. Mais c’est aussi grâce à la pensée que la haine est matérialisée, que les destructions et les guerres se font. La pensée et son articulation sont donc au centre de notre existence humaine, elles déterminent la qualité et le rythme de notre progression sur terre.

L’expérience coloniale des pays africains a mis un frein déterminant dans l’articulation de la pensée collective des peuples africains. En imposant la langue du colonisateur comme seule langue officiellement reconnue, en rejetant les langues africaines dans le domaine folklorique de « langues vernaculaires » ou « patois », la pensée elle-même pouvait continuer à s’articuler au niveau de chaque individu dans son « patois » non reconnu et marginalisé. Mais l’articulation collective de la pensée d’un peuple africain donné ne pouvait plus s’identifier à cette pensée transportée par la langue officielle du colonisateur. Dans la rencontre entre l’Europe et l’Afrique sur terre fricaine, l’articulation de la pensée devenait ainsi subitement une question de pouvoir politique.

Le choc des rencontres dans le contexte colonial africain ne put admettre de compromis dans l’articulation de la pensée. La langue du colon s’arrogeant l’exclusivité dans la vie publique en terre coloniale, la pensée exprimée en langue africaine autochtone devenait marginalisée, elle reçut l’étiquette de pensée primitive, barbare, arriérée, incapable d’esprit scientifique, incapable d’apporter progrès ou développement. Le savoir véhiculé par les langues africaines reçut ainsi le qualificatif de non-savoir par le maître colonial. Dans la réalité, une pensée qui s’exprimait dans la langue africaine portait un caractère subversif, elle ne pouvait être ni comprise, contrôlée, ni maîtrisée par le maître colonial et devait être combattue et réduite au silence.

Or, les populations africaines n’ont pas arrêté de penser et d’articuler leurs pensées dans leurs propres langues, malgré la présence du colonisateur. Mais comme ces populations ont vécu en peuples vaincus, dominés et dont les territoires sont demeurés occupés militairement souvent pendant plus d’un siècle, tout support public fut supprimé à l’articulation de ces pensées qui sont devenues comme inexistantes dans tout espace public, à savoir dans l’administration, l’école, les médias, et dans une certaine mesure dans les églises, etc.

Langue et transformations en période postcoloniale

Les Africains eux-mêmes qui passeront par le filtre de l’administration, de l’école, des séminaires de l’église, oui les Africains qui n’auront plus d’autres sources d’informations que les médias s’articulant dans la langue du colonisateur, finiront par être convaincus que l’Afrique n’aurait pas produit de pensée originale digne de progrès et de développement, que la pensée qui mène au progrès ne saurait s’articuler que dans la langue du colonisateur européen.

Ce sont ces Africains qui prendront le pouvoir dans les pays africains après les indépendances des années soixante et soixante dix. Ils continueront l’application de l’œuvre coloniale en imposant à la population africaine l’articulation de la pensée dans la langue de l’ancien colonisateur. Malgré l’indépendance formelle que les pays asiatiques aussi ont acquise, la pensée en Afrique demeurera coloniale dans l’articulation linguistique de son expression. La pensée dans le domaine public africain demeurera donc embrigadée dans les normes de la langue européenne, dans les structures de diffusion de la pensée prévues par ces langues des métropoles européennes.

Or pour ces mêmes métropoles européennes, l’Afrique n’est qu’un continent en marge, un continent de la périphérie, un élément très secondaire dans la stratégie globale du partage du pouvoir dans le monde. Dans cette stratégie, l’Afrique doit être sévèrement contenue dans la marginalisation, contrôlée, affaiblie, dominée, pour que les vainqueurs de la mondialisation continuent à y puiser ce dont ils ont besoin pour asseoir leur pouvoir et leur suprématie mondialisée.

Les populations africaines, continuant dans leur écrasante majorité à vivre au quotidien avec leurs langues privées de support de communication et de supports administratifs, ne savent même pas vraiment dans quels jeux stratégiques elles sont embarquées, demeurent pour la plupart ignorantes des concepts, discours, programmes élaborés pour elles, aussi bien au niveau national que mondial. Ces populations demeurent dans un état de dépendance paternaliste, elles ne conçoivent pas, elles n’ont même pas accès au débat sur le sort qui leur est réservé dans la grille de la compétition mondialisée.

La langue officielle du domaine public fonctionne comme une barrière insurmontable pour ces populations africaines qui, dans une erreur fatale, ont parfois fini par intérioriser que tous ces discours dans la langue du blanc qu’elles ne comprennent qu’approximativement ne les concernaient pas, que l’élite africaine au pouvoir et les organisations internationales scellaient le sort des populations qui n’ont pas droit à la parole. Dans cet engrenage, on entend souvent les populations dire qu’elles sont devenues impuissantes face au destin et que seule une force divine viendrait à bout de la conjuration de puissance créée par l’implication des intérêts de l’élite locale postcoloniale avec les puissances et les organisations étrangères.

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